Mon TDAH rend mes séances uniques

Je crois que j’ai toujours su que j’étais “différente”.

Pas dans le sens mignon et instagrammable.
Dans le sens : tête ailleurs, incapable de me concentrer, toujours trop, ou pas assez, et surtout… jamais “comme il faut”. À l’école, c’était une catastrophe. Je n’aimais pas ça. Je ne comprenais pas pourquoi il fallait rester assise, écouter, suivre, faire comme tout le monde. Moi, j’avais juste envie de… expérimenter ?

Et quand je dis expérimenter, c’est pas une métaphore. Petite, je me suis :

  • versé de l’huile sur la tête
  • ajouté du Canard WC (ne faites pas ça)
  • scotché les murs
  • fait de la pâte à sel à 6h du matin
  • repeint la cuisine sans autorisation

 

Bref. Une enfant très créative… pour le plus grand plaisir de mes parents.

Aujourd’hui, je gagne ma vie en jouant avec des textures, de la peinture, de l’argile, des matières. Comme quoi… mes “conneries” ont juste changé de contexte.

Le moment où ça ne passe plus

Être “différente”, c’est mignon enfant. Beaucoup moins quand tu rentres dans le monde du travail.

Ma courte expérience en entreprise ? Un enfer. J’étais :

  • déconcentrée
  • pas assez stimulée
  • étourdie
  • désorganisée

En gros, tout ce qu’un employeur adore.

Et puis en 2020, pendant le confinement : fin de période d’essai, merci, au revoir. Sur le moment, ça fait mal. Mais avec du recul ? C’était probablement la meilleure chose qui pouvait m’arriver. Parce que c’est là que j’ai compris un truc (merci ma meilleure amie) : je n’étais pas faite pour rentrer dans une case, je devais créer la mienne.

“Ok je vais faire de la photo… et gagner de l’argent avec ça”

Au début, j’étais en mode : “Attends, les gens vont venir, je vais les prendre en photo… et ils vont me payer ??” Ça me paraissait lunaire. Je ne prenais pas ça au sérieux. Et honnêtement… ça s’est vu.

Dans les débuts :

  • je bookais deux clientes à la même heure (oui oui)
  • mes séances duraient 3 plombes parce que je parle beaucoup trop
  • j’avais 1000 idées… mais je n’en finissais aucune
  • je me sentais illégitime H24

 

Et surtout, j’avais l’impression que tout le monde faisait mieux que moi. Et ça, ça m’a rongé pendant longtemps.

Le moment où tout commence à faire sens

Il y avait aussi ce truc avec les autres. Je sentais que mon rapport n’était pas “normal” :

  • je parle trop
  • je n’ai pas de filtre
  • je “overshare”
  • parfois je mets les gens mal à l’aise sans le vouloir

 

Je commençais à me dire qu’il y avait peut-être… quelque chose. J’en parle autour de moi. À ma copine. À mes meilleures amies. Et une idée revient souvent : “Tu penses pas que t’as peut-être un TDAH ?”

Mars 2025 : le diagnostic

Après des mois à y penser, je consulte un psychiatre spécialisé. L’idée c’était de comprendre, de mettre des mots sur mes maux et de voir si un traitement était possible. Et là : TDAH mixte (inattention + hyperactivité). Ok. Donc ce n’était pas “juste moi qui abuse”.

Le TDAH, concrètement, c’est quoi ?

Très simplement : c’est un trouble du neurodéveloppement qui affecte le développement du cerveau et du système nerveux.

En conséquence, le cerveau des personnes qui ont un TDAH fonctionne différemment de celui des autres.

Elles sont nées avec et le garderont toute leur vie. Certains spécialistes évoquent une piste génétique.

Le TDAH a un lien avec la dopamine, un neurotransmetteur qui provoque un afflux de plaisir, qui active ce qu’on appelle le « circuit de la récompense » dans le cerveau. Selon certaines études, les personnes touchées par le TDAH auraient un taux de dopamine moins élevé. Sauf que la dopamine, c’est ce qui gère la motivation, l’attention et le passage à l’action. Du coup, soit t’arrives pas à démarrer, soit tu pars en hyperfocus pendant 8h sans voir le temps passer.

Et non, ce n’est pas “être un peu distrait”. Tout le monde peut se reconnaître dans les symptômes. Mais chez nous, c’est amplifié, constant, et parfois handicapant.

À quoi ça ressemble dans ma vie (spoiler : c’est le bordel)

Concrètement :

  • j’oublie d’envoyer des factures
  • j’oublie de répondre à des clientes
  • j’oublie d’acheter des trucs pour mes séances
  • je procrastine pendant des jours
  • Je fais des to-do lists… que je ne finis jamais.
  • Le temps ? Aucune notion.

Et puis à côté de ça, hier par exemple :

  • 2 shootings (9h–17h)
  • envoi d’une galerie
  • rangement de l’appart
  • linge
  • vaisselle
  • poubelles
  • aspirateur
  • courses
  • repas

Ma copine appelle ça  » Le mode tornade ».

Je peux procrastiner des choses pendant des semaines, puis les finir en une journée.

Et pendant les séances ?

Spoiler : c’est pas toujours “carré”. Je parle beaucoup. Je pars dans tous les sens. J’ai des pensées en arborescence. J’oublie ce que je dis. Mais en réalité… c’est aussi ça qui crée mes séances

Le fait que je parle (beaucoup)

Je l’assume. Parce que très souvent : ça met à l’aise. Le silence peut être stressant. Moi, je remplis l’espace. Je raconte, je rebondis, je rigole… et petit à petit, la pression redescend.

Mon cerveau en arborescence

Je ne déroule pas une séance comme un script. Je rebondis sur un geste, une émotion, un regard. Du coup c’est vivant, spontané, c’est jamais “froid” ou mécanique.

Mon besoin constant de nouveauté

Pour me stimuler, j’ai besoin de créer. Tout le temps. Et ça donne des séances qui ne se ressemblent pas.

Donc je teste :

  • des matières
  • des textures
  • des ambiances
  • des idées parfois improbables

Mon empathie (très forte)

Je ressens vite. Fort. Je capte les micro-expressions, les hésitations, les moments de bascule. Et je m’adapte en temps réel. Je ne dirige pas juste, j’accompagne.

Apprendre à vivre avec

Aujourd’hui, je me connais mieux. Donc j’ai mis en place des choses : je note TOUT (agenda + notes), j’essaie de structurer mon travail, je mets des rappels partout. Mais je reste humaine.

Donc : si j’ai oublié de te répondre, pitié relance-moi. Si je parle trop vite en séance, dis-le moi. Je ne le prendrai jamais mal. Au contraire.

Anecdote très réelle

Un jour, j’achète des feuilles d’or pour un projet. Je les range en me disant : “t’inquiète, je sais exactement où elles sont”. Je vis dans un appart de 35m². Je les ai perdues. Introuvables. Du coup : rachat en panique, last minute, stress. Et au final ? La séance s’est très bien passée (et j’ai même retrouvé les feuilles d’or un jour en rangeant un placard…).

Et le traitement dans tout ça ?

J’ai commencé la ritaline après mon diagnostic. Et je l’ai arrêtée au bout de 2 mois. (Pour plein de raisons, personnelles, peut-être que j’en parlerai un jour.)

Aujourd’hui, ça fait un an que je suis diagnostiquée. Et j’essaie surtout de comprendre comment fonctionner avec mon cerveau, pas contre lui.

“Super pouvoir” ? Pas vraiment.

Il y a un truc qui me dérange. Quand on dit : “Le TDAH c’est un super pouvoir” Non. Parfois c’est épuisant, frustrant, insupportable. Mais ce n’est pas non plus une fatalité et ça ne me définit pas entièrement. C’est une partie de moi avec laquelle je dois composer. Et c’est là que ça devient intéressant.

Ce que ça change vraiment dans mon travail

Aujourd’hui, j’ai arrêté d’essayer d’être “comme il faut”. Et mon travail a changé. Mes séances sont vivantes, adaptatives, immersives

Et je pense que mes clientes ne viennent pas seulement pour des photos. Elles viennent pour se sentir vues, comprises, guidées sans pression.

Je ne suis pas une photographe parfaite.

J’oublie des trucs. Je pars dans tous les sens. Je doute encore. Mais je suis profondément connectée à ce que je fais et aux femmes que j’accompagne. Et parfois, c’est exactement ce dont elles ont besoin. 

Ilana Cael Logo Blanc

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